lundi 22 mars 2021

Les Somnambules - Chuck Wendig

 
A la manière de Stephen King




Le résumé :

Tout commence lorsque Shana, 18 ans, découvre que sa jeune sœur Nessie, 15 ans, a, un beau matin, quitté la maison familiale et est partie sur la route, le regard vide et insensible à tout. Elle n'entend pas, ne parle pas, ne ressent rien et marche tout droit devant elle malgré les supplications de sa sœur aînée. L'arrêter dans sa marche c'est aussi la mettre en danger de mort. La seule issue pour Shana sera de suivre sa sœur, de l'accompagner dans son périple insensé et de la protéger. Elle deviendra son "berger" comme tant d'autres personnes par la suite puisque Nessie n'est que la première "somnambule", elle sera rapidement suivie et accompagnée de plusieurs centaines de ses semblables, et naîtra alors "le Troupeau" accompagné de ses "bergers".
Qu'est-il arrivé à ces "somnambules" ? Pourquoi ne s'arrêtent-ils pas ? Où vont-ils ? C'est ce que toutes les instances scientifiques de l'Amérique tenteront de découvrir en accompagnant et en étudiant "le Troupeau".  
Et leurs recherches vont les amener à une  terrifiante découverte, lourde de conséquences pour l'espèce humaine.

Mon opinion :

Quand j'ai commencé la lecture de ce roman de 1174 pages, j'étais ravie. D'abord parce j'adore les gros livres, surtout quand le sujet me captive, quand le style est agréable et les personnages captivants. et le roman de Chuck Wendig réunit toutes ces qualités. 
Le thème est clairement issu du genre science-fiction, puisque ces "somnambules" sont atteints d'une sorte de mal mystérieux qui ne trouvera son explication que bien plus tard dans le roman, et ce mal est sinon original, du moins clairement inspiré de la Science du futur. J'ai beaucoup apprécié. 
Le style est assez similaire à celui de Stephen King : l'auteur passe d'un personnage à un autre, selon les chapitres, les suit dans leurs mésaventures tout au long du roman, décrit des situations tendues et assez effrayantes, mais ce que j'ai le plus admiré c'est son érudition. Chuck Wendig a clairement poussé très loin ses recherches scientifiques et médicales pour énumérer et décrire les diverses avanies que nous réservent champignons, bactéries, virus. 
Les personnages acquièrent rapidement une vie propre et semblent vite exister par eux-mêmes grâce au talent de l'auteur. Certains sont sympathiques, d'autres franchement dangereux, d'autant plus qu'ils font écho à divers événements survenus dans les faits divers de cette Amérique profonde : racisme, suprématie blanche, violence envers les minorités et les gens fragiles, etc. Je pense que c'était l'un des objectifs de l'auteur que de raconter son pays avec ses travers, et cette galerie de personnages fait souvent franchement peur et invite à réfléchir à des sujets d'actualité comme le réchauffement climatique, la course au progrès et à la consommation à outrance, la vie en société, etc.
Jusqu'à la moitié du roman, j'étais enchantée de ma lecture. 
Mais après 600 pages,  rapidement, je me suis ennuyée. Pourquoi ?
Tout d'abord, vers la moitié du roman, l'auteur nous donne la solution à ces accès de somnambulisme du "Troupeau". Une solution qui n'est finalement pas si originale que ça puisqu'on a tous eu l'occasion de la découvrir dans des séries ou dans d'autres romans SF. Mais une solution crédible qui est quand même assez bien exploitée. Reste qu'à partir du moment ou l'on sait, le roman perd un peu de son sel, donc je pense que c'était une erreur de dévoiler trop tôt la Vérité.
Ensuite, ce roman est clairement un roman post-apocalyptique, et je déteste ce genre. Mais je peux concevoir qu'il attirera beaucoup de lecteurs qui seront enchantés. 
Il n'en demeure pas moins que j'en ai vite eu assez de suivre ce "Troupeau" pendant le dernier tiers du roman et j'ai trouvé le temps long, mais long....
D'autre part, si j'ai d'abord été bluffée et enchantée par l'érudition scientifique et épidémiologique de Chuck Wendig, retrouver cette atmosphère de pandémie et de catastrophe annoncée, trop réelle et trop en phase avec notre actualité, a fini par me donner la nausée et c'est miracle si je n'ai pas abandonné la lecture avant le dénouement.

Bilan mitigé, donc, pour moi. C'est un grand roman, celui d'un auteur de talent, mais je n'étais sans doute pas la lectrice idéale pour accompagner ce Troupeau de somnambules dans sa quête.
Je recommande néanmoins la lecture de ce roman à tous les amateurs de SF post-apocalyptique et d'aventures un peu effrayantes.

dimanche 28 février 2021

La transformation des papillons - Federico Axat

 Un roman bluffant




Le résumé :

Sam a un an lorsque sa mère disparaît dans un accident de voiture. "Disparaît", oui, car bien que Sam ait été présent dans l'habitacle et que l'accident l'accompagne souvent dans ses rêves, personne n'a retrouvé sa mère. Sam croit seulement se souvenir que quelqu'un ou quelque chose l'a emportée. Cette disparition fera d'ailleurs grande impression dans la petite ville de Carnival Falls qui en a connu d'autres. Certains racontent même que des extra-terrestres enlèvent des gens.

Sam est placé à un an dans une famille d'accueil, chez les Carroll qui n'accueillent pas moins d'une quinzaine d'enfants, les presque frères et sœurs d'adoption de Sam. Dans l'ensemble Sam sera heureux, même si des petites et grandes rivalités s'emploieront à perturber ses jeux.

Lorsque débute le récit, nous sommes en 1985 et Sam a un grand ami : Billy Pompeo, un  jeune garçon de son âge (onze/douze ans) qui habite la petite ville. Ils vont tous deux faire la connaissance de Miranda Matheson, une fille de leur âge qui vient de s'installer dans une somptueuse demeure familiale avec ses parents revenus du Canada. Les deux amis tombent tous les deux amoureux de Miranda et le trio devient inséparable, partageant jeux, soucis et mystères.

Les trois enfants vont vivre des aventures palpitantes mais aussi découvrir que le monde des adultes est complexe, voire impitoyable.


Mon opinion :

Un roman bluffant, qui m'a scotchée du début à la fin. Surtout à la fin....L'auteur, Federico Axat, a beaucoup de talent, et je n'oublierai pas le traducteur qui a une large part dans la réussite de ce récit.

Contrairement à ce que le résumé pourrait laisser croire, ce n'est pas un livre jeunesse, c'est un roman qui fleure bon l'enfance, les amours enfantines, les vacances, le soleil, les jeux et l'amitié. Mais c'est aussi un roman qui évoque des sujets graves que je vous laisse découvrir.

Certains passages m'ont fait penser à La Guerre des boutons de Louis Pergaud avec les jeux, la construction de cabanes, les courses à travers la forêt, tandis que d'autres m'ont rappelé Sa Majesté des mouches de William Golding, à cause de la cruauté et de la violence de certains personnages.

Le roman se promène entre le passé et le présent de Sam, ce qui peut sembler déstabilisant mais nécessaire pour que l'auteur puisse nous amener là où il l'a décidé.

J'ai vraiment adoré ce roman que j'ai beaucoup de difficultés à présenter et à résumer et vous comprendrez pourquoi en le lisant. 

jeudi 25 février 2021

Les donneurs de mauvaises nouvelles

 A la manière d'un grand poète belge


Les donneurs de mauvaises nouvelles

 

A l’affût, l’oreille et l’œil aux aguets, ils rôdent.
Constamment au taquet, ils épluchent les journaux.
Avides de sang, de guerres, de désastres, ils  se jettent sur les reportages télévisés.
Ils écoutent. Ils guettent. Ils espionnent les coliques de la planète.
L’œil vif et la langue pendante, ils ressemblent à des chacals.
Ils sont habiles, rapides, curieux, cruels.
Ils recueillent les faits divers, épluchent les récits de catastrophes.
Et puis, enfin repus, ils s’empressent de semer les graines du désespoir.
Ils s’approchent insidieusement des gens heureux et déversent leurs abominations dans leurs oreilles inquiètes.
Ils n’ont de cesse de semer le trouble, de distiller le chagrin, d’effacer les sourires et le bonheur des visages de ceux qu’ils abhorrent.
Ils ne s’arrêtent jamais tant qu’une parcelle d’espoir ou de bonne humeur continue d’exister.
La mission qu’ils se sont donnée est d’assombrir le ciel bleu, d’éteindre le soleil, de tourmenter les âmes.
Ce sont les donneurs de mauvaises nouvelles, uniquement préoccupés par le malheur des autres.
Fuyez-les ! Fuyez-les vite ! Votre chagrin est leur raison de vivre !


lundi 22 février 2021

Si ça saigne - Stephen King

 Un recueil de nouvelles



Le résumé : 

Quatre nouvelles composent ce recueil : Le téléphone de monsieur Harrigan, La vie de Chuck, Si ça saigne, Rat.

Le téléphone de monsieur Harrigan est l'histoire de Craig, onze ans qui vit avec son père et qui est embauché par M Harrigan pour de menus travaux modestement rémunérés, il est notamment chargé de lui faire la lecture. M Harrigan est un homme très riche, venu prendre sa retraite dans ce petit village où il fait bon vivre. C'est aussi un très vieux monsieur qui n'a pas Internet et pas de téléphone portable, et pourtant il a largement les moyens de se les offrir. Il a l'habitude d'offrir à Craig, dont il apprécie la compagnie, un ticket à gratter de loterie, et ceci quatre fois par an,

Un jour Craig gagne un peu d'argent grâce à ces tickets et pour remercier son bienfaiteur, il a l'idée de lui offrir un téléphone portable....


La vie de Chuck est l'histoire d'un homme qui meurt d'un cancer sur son lit d’hôpital, entouré de sa famille.


Si ça saigne est une nouvelle dans laquelle on retrouve Holly Gibney, l'un des personnages du roman L'Outsider. Elle vit dans une petite ville et est associée avec Pete Huntley dans l’agence de détectives privés Finders Keepers. Elle souffre toujours de la disparition de Bill Hodges, autre personnage de L'Outsider, et effectue de petites missions.

Un jour, elle est devant la télévision quand éclate un attentat dans un collège de Pineborough, en Pennsylvanie, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Pittsburgh. Beaucoup d'enfants meurent ou sont grièvement blessés.


Rat est une courte nouvelle qui met en scène Drew Larson, professeur et écrivain qui a connu quelques petits succès en écrivant des nouvelles mais qui semble incapable d'écrire un roman sous peine de grave dépression. Pourtant, un jour, une idée de roman lui vient et il décide, malgré les réticences de son épouse, d'aller s'enfermer dans un chalet au milieu des bois pour commencer l'écriture de ce roman de la dernière chance. 


Mon opinion :

Depuis quelques années, je suis moins encline à lire les romans de Stephen King. C'est un excellent conteur, un écrivain hors pair et il a évolué, ce qui est normal, mais je ne retrouve plus dans ses romans la spécificité et l'originalité qui étaient au centre de ses premières œuvres. Je pense à Shining, à Simetierre, à Bazaar et à tant d'autres. Mon sentiment est que Stephen King s'éloigne un peu du fantastique pur de celui de Ça, par exemple, pour se tourner vers un surnaturel plus confidentiel, plus discret. Or, j'avais adoré Ça qui restera pour moi le chef d'oeuvre de l'auteur.

Ce recueil de nouvelles ne fait pas exception à la règle. Le talent de l'écrivain est toujours aussi percutant, les histoires sont toujours prégnantes et merveilleusement bien contées, mais je n'ai toujours pas retrouvé ce souffle fantastique que j'avais tant aimé, ni cette atmosphère angoissante des premiers romans et des premières nouvelles du King.

La première nouvelle, et l'auteur en convient, m'a beaucoup fait penser à une autre histoire dont j'ai oublié le titre. Je dirais donc que le dénouement est un peu convenu et manque d'originalité. 

Ceci dit, la nouvelle qui se rapproche le plus de ce que Stephen King écrivait autrefois est Rat. Dans ce récit, on retrouve l'atmosphère angoissante qui m'avait ravie dans La petite fille qui aimait Tom Gordon. 

Par contre, et sans déflorer le sujet, Si ça saigne ne m'a pas emballée, pas plus que le roman L'Outsider.

Mais nul doute que les fans du King seront ravis à la lecture de ce recueil, et c'est très bien. 

samedi 2 mai 2020

Délicieuses pourritures - Joyce Carol Oates

Encore un Oates

Délicieuses pourritures (Roman étranger) par [Joyce Carol Oates, Claude Seban]


Le résumé :

Années 70, plus exactement 75. Gillian, 20 ans, est étudiante à l'université de Catamount College dans le sud-ouest du Massachusetts. Gillian réside sur le campus avec d'autres étudiantes, Dominique, Cassie, Pénélope, Marisa et d'autres, à Heath Cottage. L'entente est plus ou moins cordiale entre elles; Catamount College est en effet une université qui n'accueille que des filles. 
Mais tout le campus est régulièrement réveillé par des alarmes incendie, des incendies dont personne n'a encore réussi à identifier le ou  les auteurs.
Lorsque Gillian se décide à rédiger ce qu'elle dit ne pas être une confession car elle n'a rien à confesser, elle est en train de suivre une femme, Dorcas, l'épouse d'André Harrow, l'homme dont elle est amoureuse et le très vénéré professeur de littérature de l'université. 
André Harrow enseigne à près de cent cinquante jeunes filles, toutes plus ou moins éprises de lui et il dirige un atelier de poésie très prisé qui n'accueille qu'une dizaine d'élues. André Harrow est un professeur atypique, comme la suite du roman va nous le révéler. Dangereusement atypique. 


Mon opinion :

Avez-vous vu le film Le cercle des poétes disparus de Peter Weir, sorti en 1989, avec Robin Williams, dans le rôle du professeur de littérature ? Si vous l'avez vu, vous pouvez vous faire une petite idée de la personnalité d'André Harrow, lui aussi professeur de poésie. Encore que Robin Williams incarnait un enseignant passionné mais sympathique. André Harrow est une "délicieuse pourriture". 

C'est d'abord le titre qui m'a attirée et incitée à choisir ce roman. J'ai tout de suite adoré cet oxymore "délicieuses pourritures" et j'ai tout de suite voulu savoir de quoi il était question. 
Quand j'étais enfant, j'avais des goûts culinaires assez éclectiques, voire écoeurants, j'adorais le beurre rance, les poires blettes, les bananes un peu trop mûres. Ma grand-mère ne comprenait pas pourquoi je mangeais des fruits pourris. Elle m'invitait à les jetter aux ordures. Et pourtant, le goût de ces mets presque gâtés me ravissait. Ne mange-t-on pas du camembert et d'autres fromages très avancés ? Ou du gibier bien faisandé ? Le roman de Oates, Délicieuses pourritures, n'est pas très éloigné de mes goûts enfantins. Par une aberration du goût ou de l'esprit, on peut être attiré par ce qui est gâté, pourri. C'est ce qui est arrivé à Gillian et à toutes les filles qui suivaient les cours d'André Harrow. 

Les maîtres-mots de ce roman sont la fascination, l'amour, le pouvoir, le contrôle, le narcissisme, la pourriture. 

Je ne vais pas déflorer davantage le sujet de ce roman ni trop vous en raconter, mais au contraire vous en dire le moins possible pour vous inciter à vous le procurer et à le dévorer. Mais attention, il vous laissera un goût amer dans la bouche....


mardi 28 avril 2020

Premier amour - Joyce Carol Oates

Un sujet assez ....choquant, mais un roman passionnant


Le résumé :

La petite Joséphine, qui n'aime pas qu'on l'appelle Joséphine et que tout le monde appelle Josie, a suivi sa mère qui s'est enfuie du domicile conjugal,  quittant brusquement son époux pour des raisons obscures en entraînant avec elle sa petite fille de 11 ans.  Elles sont toutes deux hébergées à Ransomville, dans l’État de New York. chez les Burkhardt, grande famille autrefois très aisée. La maison qui les accueille est celle du Révérend, aujourd'hui décédé, et de la grand-tante Ester. Cette dernière a accueilli Josie et sa mère mais les considère plus ou moins comme des domestiques. Sa dévotion va à  son petit-fils Jared, étudiant en théologie âgé de 25 ans.  
Jared est très secret, très éloigné du monde matériel puisqu'il se complaît dans l'étude des textes théologiques ou dans d'obscures méditations. Il semble ignorer la petite Josie. Celle-ci est une enfant curieuse et vive qui se plaît à vagabonder dans la nature, au bord de la rivière, et à épier son cousin. 
Un jour d'été, Josie, en promendade au bord du marais, près de la rivière, va rencontrer son cousin, torse nu, assis au bord de l'eau. Fait extraordinaire, lui qui n'a jamais adressé la parole à Josie ni à sa mère, l'interpelle : « Petite ! »....

Mon opinion :

J'ai découvert Joyce Carol Oates en lisant Les mystères de Winterthurn, puis plus tard Le mystérieux Mr Kidder. 
Si le premier m'a littéralement envoûtée Ici, le second m'a laissée dubitative là mais globalement, je suis tombée sous le charme de cet écrivain. Eh oui, je me refuse à écrire "écrivaine" car je déteste ce mot et cette manie de vouloir à tout prix faire preuve d'un féminisme à outrance jusque dans la féminisation des mots et des métiers.
J'ai donc décidé de garder un oeil sur les romans de cette grande dame, tout en sachant que ses oeuvres peuvent à la fois vous ravir mais aussi vous entraîner dans des chemins assez tortueux.
Premier amour fait partie des romans qui peuvent ..... surprendre par le caractère très délicat du sujet abordé, sujet que je ne vous révélerai pas tant il est important de le découvrir seul.
Ce que je peux ajouter, sans vous mettre vraiment sur la piste, est que j'ai mis quelques pages avant de comprendre de quoi il était réellement question tant cet auteur a du talent. Elle est capable d'aborder de la manière la plus poétique et la plus ambiguë aussi un sujet brûlant, je dirai même choquant ou scabreux. 

Je vous laisse découvrir ce tout petit roman qui se lit en une ou deux heures et qui vaut vraiment le détour.
Enjoy !

mardi 11 juin 2019

Zona frigida - Anne Birkefeldt Ragde

Un roman à lire en pleine canicule


Le résumé :

Nous sommes en Norvège et nous allons accompagner Béa, une jeune femme au caractère très affirmé, dans une croisière au Spitzberg, dans le Grand Nord. 
Officiellement Béa a choisi cette croisière comme la plupart des autres touristes, pour voir des phoques, des paysages grandioses et surtout des ours blancs. Mais elle avoue rapidement au lecteur qu'en réalité elle va au Spitzberg "pour picoler." Il faut dire que si le lecteur norvégien est susceptible de comprendre les motivations d'un touriste à aller se geler dans ce type de croisière, les lecteurs plus méridionaux seront quant à eux horrifiés et plus enclins à ne voir que les nombreux inconvénients que représente ce périple, en car d'abord, puis pour la plus grande partie en bateau, avec des escales parfois dangereuses sur la terre ferme. De quoi se demander ce que Béa va faire dans cette galère à la mode viking.
Et ce roman se limiterait à un banal récit de voyage si l'on ne découvrait pas rapidement que Béa a un sombre projet et que c'est la raison de cet exil glacé. 
Quel traumatisme a donc vécu Béa pour être aussi déterminée?
Quel rôle les passagers du bateau vont-ils jouer dans cette vendetta?

Mon opinion :

C'est un roman qui peut se vanter de m'avoir donné froid.
Mais qui sont donc ces touristes et de quel bois sont donc faits ces norvégiens pour avoir l'étrange idée d'aller se promener dans le Grand Nord, fut-ce en plein été ?  Que peut-on bien trouver d'excitant à contempler des ours blancs ou des phoques en train d'être tués puis dépecés ?  Et franchement, y a-t-il vraiment des gens pour s'extasier devant des banquises ou des montagnes de glace ou un paysage désespérément blanc  ? 
Ces questions, je me les suis posées tout au long de ma lecture sans jamais abandonner le livre tant je voulais aller au bout de cette épreuve pour connaître la finalité de ce voyage. Mais j'ai souffert.
Tout d'abord j'ai définitivement compris que je n'étais pas faite pour les pays nordiques, ni pour la neige. Ces paysages orphelins des forêts, de l'herbe, des fleurs m'ont déprimée. Ce qui ne sera pas le cas de tous les lecteurs.
Ensuite Béa, l'héroïne, m'a d'abord semblé particulièrement antipathique.  Ce n'est rien de dire qu'elle "picole" car je n'avais jamais imaginé qu'un être humain pouvait absorber autant d'alcool, de bières et fumer autant de cigarettes et ceci, du matin au soir et du soir au matin. Et l'auteur ne nous épargne aucun des verres qu'elle avale ni aucune des cigarettes qu'elle grille. A ce stade, on se surprend à douter de son intelligence, s'attendant à la voir sombrer dans le delirium tremens à chaque page. Encore que finalement, j'aurais préféré qu'elle nous décrive des éléphants roses que ces ours et ces phoques qui m'ont presque fâchée avec Greenpeace. 
J'en viens au récit entièrement narré à la première personne et selon l'unique point de vue de Béa qui finit par devenir lassant surtout lorsque l'héroïne est cette jeune femme assez imbue de sa personne, goguenarde avec certains passagers et à la limite de la xénophobie si l'on en juge par la manière dont elle parle des japonais et surtout des suédois.
Mais curieusement, comme je l'ai déjà dit, je n'ai pas abandonné le roman. Pourquoi ?
Il y a d'abord cette curiosité que l'on ressent dès que l'on a compris que Béa était là pour se venger. On veut savoir qui est la future victime et on est déjà prêt à prendre le parti de cette malheureuse tant on est en passe de haïr Béa. Mais on aurait tort.... Il y a pire que Béa. Je n'en dirai pas plus sur ce sujet.
Il y a ensuite ce sentiment de faire partie de la croisière - encore que je n'imagine pas un jour embarquer dans un bateau aussi peu confortable pour voir les autres s'enivrer d'alcools forts et surtout pour grelotter dans ma cabine - Mais on finit par se surprendre à regarder d'un œil bienveillant  tout ce petit monde que l'auteur parvient très bien à rendre tangible.
Par contre, en ce qui me concerne, je n'ai pas poursuivi ma lecture pour les ours blancs qui semblent fasciner tout le monde et qui m'ont confortée dans mon idée initiale : ce sont des animaux infréquentables. 

vendredi 31 mai 2019

Pierre - Fendre - Brice Tarvel

Un très chouette roman de fantasy


Le résumé :

Deux compères, Durlan et Garicorne, quittent Viridis, leur pays natal, le pays du printemps, et s'aventurent dans le Grand Dehors qu'ils ne connaissent pas pour une quête originale et hasardeuse : il s'agit de trouver la mythique Sommeilleuse, aussi nommée la Rêveuse ou la Bâtisseuse et dont la fonction semblait être de rêver le monde dans lequel vivent les hommes. Les deux amis ont en effet pour projet de la réveiller afin de faire tomber les murs du château qui de tous temps a borné l'univers des hommes.
Ce château énigmatique est constitué de différentes salles qui abritent des populations variées et hétéroclites d'individus plus ou moins bizarres et des animaux étranges, un peu hybrides et souvent dangereux.
Deux jeunes filles, Aurjance, la sœur de Durlan et Farille son amie, se lancent à la poursuite des deux hommes afin de les détourner de leur projet insensé, tant elles craignent que les deux hommes ne mettent fin à l'humanité en réveillant la Sommeilleuse qui est peut-être la grande Créatrice des hommes. Elles sont accompagnées d'un oiseau parlant et intelligent, Jazole, qui joue le rôle de protecteur et de boute-en-train.
Un troisième groupe, beaucoup plus inquiétant, se lance à la poursuite des deux compères dans le but de les arrêter par tous les moyens. Ce groupe est constitué de la sorcière Murgoche, de sa servante Clabousse et de quelques bandits de grand chemin ayant pour chef le très peu recommandable Yuk Long Renard. Leur but est aussi de mettre un terme à la quête de Durlan et de son amoureux Garicorne. 
Et tout ce petit monde va cheminer avec plus ou moins de bonheur en traversant d'abord Viridis, la salle du printemps, Chaloir, la salle de l'été, Feuille-sèche, la salle de l'automne pour arriver au but, Pierre-fendre, la salle de l'hiver. Le périple prendra des semaines, voire plus, tant la taille du château est gigantesque et tant les obstacles sont nombreux.
Et à l'arrivée....


Mon opinion :

J'ai adoré. J'ai même tout adoré : l'histoire, les personnages, les créatures, l'absurdité apparente du voyage, le style de l'auteur, le vocabulaire désuet emprunté soit au Moyen-âge soit à nos grands-mères, tout était délicieux. 
Ce château, tout le monde le comprendra, est un monde, un univers qui recèle les dangers les plus étranges et les inventions les plus bizarres. Que ce soit les hommes, les bêtes, les monstres ou même les matériaux, tout est étrange, tout est le produit d'une imagination fantasque et débordante. 

Quelques exemples pour vous mettre l'eau à la bouche 

Ce qui remplace le soleil : 
Le jour n’était pas tout à fait levé. Seule une demi-douzaine d’oiseaux de lumière avaient quitté leur repaire nocturne pour tournoyer mollement au ras de la voûte. Leurs ailes immenses pareilles à des flammes battaient en silence comme elles le feraient jusqu’à ce que revienne la nuit, c’est-à-dire jusqu’au moment où ces singulières créatures regagneraient leur cachette dans une des tours du château. Les héliavis, ainsi qu’on les nommait, remplaçaient ce mystérieux soleil qui éclairait le monde de jadis dépourvu de murailles.
Jazole, l'oiseau parlant d'Aurjance ;
Jazole, l’oiseau pique-pierre parleur et apprivoisé appartenant à Aurjance, se tenait sur son épaule, mais il ne tarda pas à rejoindre celle de sa maîtresse en lançant des « Jazole sait tout, Jazole dit tout ! » qui n’auraient pas manqué de faire sourire en d’autres circonstances.
Ce qui tient lieu de montures :
 « Si j’ai bien compris, c’est deux gonches que je dois vous confier », intervint Nordin qui, tenant une paire de belles bêtes par la bride, commençait à s’impatienter.Il ressemblait quelque peu à ses protégés. Longue chevelure en crinière, corpulence impressionnante, ongles sales évoquant des griffes… Il ne lui manquait que la queue écailleuse. Quoique, allez savoir..... [les bêtes moitié cheval, moitié dragon].
 Ce qui peut vous arriver en cheminant dans ce pays :
« La rocheluche commence toujours par vous solidifier les parties basses. Elle les rend plus cassantes que de la craie et, quand vous pissez, vous ne ressentez rien de plus que le goulot d’une fontaine. Puis le mal s’étend sans laisser beaucoup de répit, il grimpe jusqu’à vous rigidifier tout entier, faisant de vous une statue comme celles abandonnées ici ou là ou plantées en guise d’épouvantails dans les champs. Avez-vous envie d’avoir la bistouquette métamorphosée en un plantoir qui ne vous procurera plus aucun plaisir et qui se brisera à la moindre maladresse ? »
 Quelques "créatures" hantant le château :
Empaquetés en permanence dans leurs armures rougeâtres, les Acérains amenaient en effet à l’esprit des images de crustacés d’une taille ahurissante. Les billes noires qu’on distinguait dans la fente de leurs heaumes renforçaient cette impression et, bien qu’ils fussent dotés de quatre membres, on s’interrogeait sur leur véritable nature. Étaient-ils humains ? N’appartenaient-ils pas à ces monstres qui hantaient les sombres hauteurs mystérieuses du château ? Telles les petites bestioles que l’on pêchait dans les ruisseaux pour les faire cuire au court-bouillon, on les imaginait sortis d’une inquiétante citerne d’eau fuligineuse, d’un bassin situé sur quelque chemin de ronde inaccessible.

 « Des chauves-souris ! s’écria Dulvan en levant les bras pour se protéger.
— Tu veux dire des vampires, corrigea Garicorne. Et ils sont gros comme des cochons ! »
La comparaison n’était pas si exagérée. Ces chiroptères possédaient des ailes membraneuses d’une envergure exceptionnelle et elles soutenaient un corps à l’abdomen blafard et rebondi strié de vaisseaux gonflés de sang. Quant à leurs têtes, si elles étaient affublées d’un museau écrasé s’apparentant quelque peu à un groin, celui-ci laissait dépasser deux redoutables canines de la longueur d’une phalange. Le plus surprenant, c’était toutefois leur couleur. Ils étaient roses et pelucheux, avec des yeux ardents au pouvoir quasi hypnotique.

 Le fantôme d’une fillette n’aurait pas dû être très inquiétant. [...] L’enfant n’avait pas plus de consistance qu’une buée déposée sur un miroir, on voyait à travers son semblant de corps et de chemise de nuit, vêtement opalescent descendant jusqu’à ses pieds nus. Ceux-ci effleuraient à peine le plancher mais, visiblement mouillés, ils répandaient une flaque d’eau allant s’élargissant. Ses longs cheveux pareils à un emmêlement de fumée rabattue par un souffle encadraient son étroit visage livide et tombaient jusqu’à sa maigre poitrine que n’animait aucune respiration. Ses yeux qui ne cillaient pas, privés d’iris, ne laissaient voir que la blancheur hallucinante de leurs sclérotiques.

 Vêtu d’un sarrau crasseux, il arborait une tignasse et une barbe grises aussi peu entretenues mais, ce qui frappait surtout, c’était son absence de jambes. Non pas qu’il fût cul-de-jatte, cela n’aurait pas été si extraordinaire. En guise de membres inférieurs identiques à ceux de tout un chacun, il possédait deux bras supplémentaires dont il se servait avec la même dextérité que ceux accrochés à ses épaules.

Et bien d'autres créatures, inventions plus délirantes les unes que les autres, comme cette pluie noire, par exemple.
En fait c'est un univers qui m'a beaucoup fait penser au célèbre roman de Brian Aldiss, Croisière sans escale, puisqu'on retrouve un peu les mêmes thèmes : un voyage périlleux dans un univers dangereux et un dénouement étonnant.

lundi 29 avril 2019

Le Prince de la brume - Carlos Ruiz Zafón

Roman jeunesse ? Oui, mais pas uniquement

Le Prince de la Brume par [ZAFÓN, Carlos Ruiz]


Le résumé :

Max Carver, ses deux sœurs, Alicia et Irina, et leurs parents déménagent et vont s'installer dans "la maison de la plage", une demeure située dans un petit village espagnol. La guerre qui vient frapper aux portes de l'Europe n'est sans doute pas étrangère à cette brusque décision.
La maison de la plage a appartenu à une famille richissime qui a connu bien des malheurs : le couple qui l'avait fait construire a perdu son unique enfant dans des circonstances dramatiques.
Est-ce pour cette raison que la maison de la plage génère autant de réticences chez les enfants Carver? Il y a d'abord Max qui remarque des détails assez étranges comme une horloge dont les aiguilles tournent à l'envers, un jardin peuplé de statues qui se meuvent imperceptiblement; il y a Alicia qui a fait un rêve étrange dont elle ne parle pas; il y a enfin la benjamine qui a adopté ou a été adoptée par un chat diabolique qui espionne la famille de ses yeux jaunes qui semblent en savoir plus long que tout le monde. Il y a des bruits, des armoires hantées, à moins que ce ne soit la maison et même la région qui soient hantées.
Et puis, il y a le gardien du phare et son petit fils adoptif, Roland, qui ont, semble-t-il, un passé bien mystérieux.
Et si on parlait du Prince de la brume qui rôde, influence les hommes, inquiète, attend son heure, complote dans l'ombre ? Le Prince de la brume et sa clique maléfique....

Mon opinion :

J'ai d'abord lu L'ombre du vent, le Jeu de l'ange.... Marina, romans que j'ai beaucoup aimés, donc je me devais de lire Le Prince de la brume et les deux autres romans qui le suivent.
Cette trilogie est classée dans la littérature jeunesse, mais n'a rien à envier à ses grands frères dont l'écriture est peut-être plus ciselée, le fantastique plus sombre. 
Ceci dit Le Prince de la brume, premier roman de l'auteur est passionnant et prometteur car le personnage du méchant a une aura délicieusement maléfique, une présence indéniable et obsédante, un peu comme le clown de Ça de Stephen King auquel il m'a beaucoup fait penser par certains côtés. 
D'autre part le trio d'adolescents que l'on accompagne dans leurs tragiques aventures, n'est pas mièvre ni caricatural comme c'est souvent le cas en littérature jeunesse. On s'attache à eux et j'imagine fort bien que l'on puisse se sentir concerné par leur vie, leurs préoccupations. Ils sont très vivants. 
Enfin le roman ne s'essouffle jamais et les péripéties s'enchainent assez vite, nous tenant en haleine jusqu'au dénouement. Et ce dénouement, s'il ne nous étonne pas vraiment car on avait un peu deviné ce qu'il allait advenir de nos héros, remplit bien sa fonction et clôt admirablement ce roman agréable dont je conseille la lecture.

Je vais maintenant me plonger dans Le Palais de minuit. 



jeudi 25 avril 2019

Abracadabra - Maurice Sachs

Un conte de fées, vraiment?



Le résumé:

Daniel, un jeune oisif richissime et très gâté par la vie car il est jeune et très beau, orphelin puisque ses parents ont été tués dans un accident d'avion, non sans lui avoir laissé leur immense fortune, s'ennuie. Tout l'indiffère et rien ne l'amuse. Il mène une insipide vie de dandy trop riche qui n'a d'autre but dans la vie que de tenter de s'amuser, but qu'il ne parvient même pas à atteindre.
Jugez de sa demi-surprise quand il est un jour réveillé par un petit homme qui fait irruption de manière magique dans sa chambre.

— Par la quenouille de mon aïeule, je vous salue, monsieur !
Daniel souleva, tout doucement, les paupières, ne vit rien et se rencogna dans son fauteuil, en grognant.
— Par la quenouille de mon aïeule, je vous salue ! s’écria une voix étrange.
Cette fois, Daniel s’agita comme un dormeur qui a le cauchemar et porta ses mains à ses oreilles.
— Par la quenouille…
Daniel sursauta et ouvrit les yeux.
— Ah çà, fit-il.
— Je vous salue, monsieur, dit fort courtoisement un petit homme aussi bizarre que jamais ne se vit un petit homme.

Il n'y a pas grand-chose qui intéresse Daniel, mais cet inconnu qui est nain et fée à la fois, qui a beaucoup d'aplomb et qui semble décidé à bousculer la vie du jeune dandy, va réussir à percer sa carapace d’indifférence et Daniel va accepter la compagnie de cette étrange créature. 

— Je m’appelle Grain-de-Sel et par la quenouille de mon aïeule, je veux être changé en souris blanche si Grain-de-Sel n’est pas mon nom.
En fait, Grain de sel a un projet assez généreux.

— Comme il m’a semblé que vous vous ennuyiez, et que j’ai la vanité de croire que je sais distraire ceux qui s’ennuient, je suis venu me présenter. Si cela vous tente, nous nous verrons ; si je vous importune, je m’en vais. Rassurez-vous donc ; je ne viens pas vous gêner. Je viens m’amuser à vous distraire.
Et Daniel, sans le savoir, va s'embarquer dans une étrange aventure qui va changer son destin.


Mon opinion :

Tout d'abord, je ne connaissais Maurice Sachs que de nom et je n'avais lu aucun de ses romans.
C'est ainsi que j'ai écouté une émission de France Culture qui m'a fait découvrir un romancier assez sulfureux et pas vraiment recommandable. Jugez un peu:

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/maurice-sachs-1906-1945-la-mauvaise-reputation

J'ai coutume d'accorder assez peu d'importance à la biographie des artistes, écrivains, poètes ou autres cigales et c'est heureux car Maurice Sachs, s'il faut reconnaître qu'il a séduit et trompé grand nombre de gens en son temps - et des gens très connus comme Cocteau, Gide et bien d'autres - n'est pas du tout un modèle de vertu. Mais peu importe puisque c'est son roman qui m'intéresse. 
Et j'ai vraiment apprécié cet étrange roman.
Le titre "Abracadabra" m'a tout d'abord décidée à le lire. J'ai gardé mon âme d'enfant et j'adore les récits merveilleux. Et l'on n'est pas déçu puisque l'histoire démarre sur les chapeaux de roue avec l'apparition du minuscule Grain de sel. 
Il faut dire que Grain de sel est un personnage attachant. Homme-fée aux desseins hasardeux, peut-être faussement généreux, Grain de sel bondit de page en page,  enchante nos sens, se métamorphose, étourdit son monde, bavarde sans répit et nous fait pénétrer dans un univers magique à la fois très proche du nôtre et hors de portée, malheureusement.
On adore Grain de sel, très vite.
Daniel, par contre, est agaçant. Égoïste, désabusé, trop riche, indifférent à l'univers magique de Grain de sel, on a très vite envie de le détester. Puis, il lui arrive quelques malheurs et il change, un peu. 
On va finir par le tolérer.
L'intrigue est assez déconcertante si l'on s'en tient uniquement au conte de fée, d'autant que le dénouement n'est pas satisfaisant et échappe au traditionnel "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants."
Mais ce roman n'est pas un conte de fées....et derrière le personnage de Daniel, apparaît très vite la sulfureuse personnalité de l'auteur. De même, reconsidérons un peu l'amitié exceptionnelle qui va unir Grain de sel à Daniel à la lumière de la biographie de Maurice Sachs....Alors, on se dit que ce roman nécessite peut-être une deuxième lecture plus profonde, plus réfléchie et qu'il a quelque chose à nous murmurer à l'oreille. 

Finalement, ce roman est inclassable. On l'aime ou on le considère comme une calembredaine écrite par un esprit brouillon.
Moi, je l'ai aimé. Vraiment. 

dimanche 21 avril 2019

Élévation - Stephen KIng

Petit roman du King


Le résumé :


Scott Carey, cinquantenaire bien portant, vit à Castle Rock. Il est bien intégré dans cette petite ville typique des USA, divorcé, sans enfant, occupé par son métier de concepteur de sites Web, mais il a un secret qu'il ne confiera qu'à un vieil ami, le docteur Bob Ellis, médecin à la retraite. Son secret ? Il perd du poids à une vitesse assez régulière et ce, tous les jours. Le rêve pour quelqu'un qui pèse quand même plus de 110 kg comme lui ? Oui, peut-être, mais le processus est assez étrange car s'il perd des kilos, son apparence physique reste la même, celle d'un homme assez rondouillard, et les objets qu'il prend dans les mains perdent leur poids sans rien ajouter au sien.
Comment son problème va-t-il évoluer ? Que se passera-t-il quand il sera à zéro kg?



Mon opinion :

J'ai déjà dit que j'étais une inconditionnelle de Stephen King, même si depuis ses récentes publications, je suis plus réticente à lire ses histoires. La raison ? Je ne retrouve plus l'auteur de Shining, Ça, Simetierre, Désolation, Bazaar et autres romans de sa pleine maturité. Alors bien sûr, un auteur doit évoluer, il en faut pour tous les goûts, blablabla..., mais quand on est l'un des maîtres incontestés du fantastique, voire de l'horreur, on doit bien s'attendre à perdre une partie de son lectorat si on se met à virer sa cuti et à donner dans le mysticisme ou dans la fable bondieusante, non ?
Vous allez dire que je suis dure avec le Maître, mais jugez un peu :
Tout d'abord le livre qui coûte quand même 6,90 euros ne comporte pas plus que 160 pages. Or, ce qui fait notre délectation quand on a entre les mains un roman du King, c'est qu'il est gros ! C'est qu'il nous promet des heures de plaisir et d'aventures terrifiques. Ce n'est pas le cas avec Élévation qui se dévore en deux heures maximum.
Ensuite, là où j'ai vraiment été déçue c'est que l'auteur a quand même pioché dans deux de ses romans de jeunesse : 
Sac d'os qui mettait en scène un héros de 110 kg qui, pour avoir accidentellement mécontenté un vieux chef gitan un peu sorcier, est victime d'une malédiction qui le fait maigrir à vue d’œil. Ça vous rappelle quelque chose? 110 kg, la cure d'amaigrissement ? Eh oui, le même thème que dans Élévation. Quant à l'autre roman qui a permis au Maître de recycler une idée, c'est Marche ou crève avec cette longue course qui entraîne les concurrents à se surpasser et le héros à essayer de gagner. Là encore, on retrouve cette même idée, un peu plus discrète mais présente dans Élévation. 
Autre grief : le fantastique. Je veux bien qu'un homme qui maigrit sans raison, sans être souffrant, sans perdre son apparence soit une chose assez extraordinaire, mais de là à y voir une péripétie fantastique à la hauteur de Shining ou de Bazaar...Non ! D'autant que le dénouement....Je n'en dis pas plus mais je serais curieuse de savoir ce que vous en avez pensé.
J'ai le sentiment que le King a révisé sa manière d'écrire, fait abstraction du fantastique noir qui caractérisait ses romans. C'est son droit. Mais c'est aussi mon droit de dire que je ne retrouve plus l'enchanteur de mon adolescence et que je ne désire plus le suivre dans sa mutation un peu lénifiante. 

mardi 15 janvier 2019

La Vouivre - Marcel Aymé

Un roman issu d'une bien étrange légende


Résumé des deux premiers chapitres :


Chapitre I :
Où l’on fait connaissance avec Arsène Muselier. Jeune paysan de 23 ans - petit et puissamment charpenté et qui est en train de faucher une prairie à 6 h du matin – non loin d’une forêt et d’un étang – on apprend que les Muselier sont en froid avec leurs voisins et petits cousins, les Mindeur – on découvre la peur qu’Arsène ressent pour les serpents à cause d’un incident alors qu’il avait 5 ans : il a mis la main sur un serpent en cueillant du muguet – justement ce jour-là, il en rencontre un, une vipère, bientôt suivie d’une jeune femme : la Vouivre – légende de la Vouivre rapportée en détail par l’auteur.

Chapitre II : 
Arsène rencontre la Vouivre et la suit – il l’aperçoit en train de se baigner et découvre sa robe et son rubis abandonnés sur la rive – il n’est pas tenté par le rubis même s’il se penche vers lui – la découverte des serpents qui le gardent le rebute – il se tourne alors vers la Vouivre qui sort de l’eau et la regarde sans gêne, d’abord – ils engagent la conversation comme un jeune homme et une jeune femme ordinaires, sur le temps, la récolte du foin, les terres – et Arsène continue à la regarder d’autant qu’elle n’éprouve aucune honte à se montrer nue – puis la Vouivre siffle une vipère et les deux jeunes gens se séparent.

Mon opinion :

J'adore les légendes, le merveilleux. Et la Vouivre est une légende de la Franche-Comté qui raconte l'histoire d'une femme très belle qui...Mais je laisse parler l'auteur :

"Vouivre, en patois de Franche-Comté, est l’équivalent du vieux mot français « guivre » qui signifie serpent et qui est resté dans la langue du blason. La Vouivre des campagnes jurassiennes, c’est à proprement parler la fille aux serpents. Elle représente à elle seule toute la mythologie comtoise, si l’on veut bien négliger la bête faramine, monstre certainement très horrifique, mais dont la forme et l’activité sont laissées au caprice de l’imagination. Sur la Vouivre, on possède des références solides, des témoignages clairs, concordants. Dryade et naïade, indifférente aux travaux des hommes, elle parcourt les monts et les plaines du Jura, se baignant aux rivières, aux torrents, aux lacs, aux étangs. Elle porte sur ses cheveux un diadème orné d’un gros rubis, si pur que tout l’or du monde suffirait à peine à en payer le prix. Ce trésor, la Vouivre ne s’en sépare jamais que pendant le temps de ses ablutions. Avant d’entrer dans l’eau, elle ôte son diadème et l’abandonne avec sa robe sur le rivage. C’est l’instant que choisissent les audacieux pour tenter de s’emparer du joyau, mais l’entreprise est presque sûrement vouée à l’échec. À peine le ravisseur a-t-il pris la fuite que des milliers de serpents, surgis de toutes parts, se mettent à ses trousses et la seule chance qu’il ait alors de sauver sa peau est de se défaire du rubis en jetant loin de lui le diadème de la Vouivre. Certains, auxquels le désir d’être riche fait perdre la tête, ne se résignent pas à lâcher leur butin et se laissent dévorer par les serpents."
Alors, s'agit-il d'un roman fantastique?
Je répondrai oui, dans un premier temps, car on est bien dans un univers réel, le nôtre, univers dans lequel fait irruption une créature surnaturelle, mythique, impossible à accepter, normalement, si l'on est quelque peu rationnel.
Mais cette créature appartient aussi au folklore merveilleux de toute une région puisque, comme elle l'expliquera elle-même, elle existait avant que les ancêtres de l'homme songent à se redresser et à prendre leur destin en main.
Ceci dit, fantastique ou merveilleux, peu importe car l'auteur ne mise pas réellement sur l'épouvante que peut susciter chez le lecteur l'apparition de cette créature. D'ailleurs, cette Vouivre nous paraît si naturelle, si proche de n'importe quelle fille un peu jolie de la campagne que l'on est finalement très peu impressionné. Oh ! bien sûr, l'arrivée spectaculaire de cette brassée de serpents pourra en faire frémir certains. Mais sans plus.
Donc l'auteur a d'avantage misé sur ses personnages, sur leurs sombres passions. Il a aussi profité de ce roman pour peindre des paysages magnifiques dans lesquels il doit faire bon se promener. On ressent la forêt, l'eau de manière animale et on ne s'étonne pas plus que le héros de voir surgir cette femme-serpent. Et c'est là que se trouve la force de ce roman : nous faire accepter l'inacceptable comme s'il allait de soi.
Aussi je tiens à préciser que Marcel Aymé n'est ni Lovecraft ni Stephen King. Pour lui, le fantastique ou le merveilleux ne sont que des prétextes. Pourtant, ce roman est magique, et si j'ai aimé ce livre, car je l'ai aimé, c'est surtout pour les images bucoliques de la région, et aussi parce que j'avais très envie de savoir comment cette intrigue allait se dénouer. Comment cette ou plutôt ces histoires d'amour allaient tourner.
Evidemment je ne le révélerai pas. A vous de lire cette histoire.

Ceci dit, il y a une assez bonne adaptation du roman, pour les lecteurs quelque peu paresseux .... https://www.telerama.fr/cinema/films/la-vouivre,14978.php

...et même une bande dessinée de Bernard Clavel et François Bourgeon. 

Un de Baumugnes - Giono

Un si joli roman sur l'amitié, l'amour, la Nature


Le résume des deux premiers chapitres :


Chapitre I : 
Le narrateur qui utilise la première personne « je sentais… » est le Vieux, Amédée de son prénom. Il est un « rouleur », c’est-à-dire un ouvrier agricole qui parcourt les chemins pour trouver du travail. Il se définit lui-même comme un « bohémien », comprenez quelqu’un qui « pour un oui, pour un non, […] lâche tout » pour aller chercher du travail ailleurs.
Ce soir-là, dans un bar de Manosque, il s’assied à côté d’Albin, un gars de la campagne, un gars de Baumugnes, un village de la montagne, mais un gars qui a quelque chose à dire, quelque chose qui le rend triste.
Albin va bientôt lui raconter comment il a rencontré un type de Marseille, un jeune, mauvais et peu recommandable, qui porte un tatouage sur la paume de la main où il est écrit « Merde », qui s’appelle Louis, qui est un mauvais compagnon mais qui chante, fait des blagues, qui parle bien et qui est coquet. Albin a honte de lui mais se laisse entraîner par sa façon d’être. Un soir alors qu’ils sont attablés à une terrasse, ils voient arriver une belle jeune fille. Elle mène un attelage de main de maître : c’est Angèle. Albin tombe amoureux tandis que Louis parle mal de la jeune fille en annonçant clairement son intention de l’avoir et de l’utiliser.

Chapitre II :
Retour d’Amédée et d’Albin à Marigrate où ils travaillent tous deux. Albin continue à se confier au vieil Amédée et lui explique l’histoire de son village : Baumugnes. On découvre, une légende, un mythe : Les habitants, les hommes, auraient eu, il y a longtemps, la langue coupée car ils ne croyaient pas à la religion. Pour communiquer, ils se sont mis à utiliser des harmonicas. C’est ce qui explique que ceux de Baumugnes, depuis cette époque, jouent de l’harmonica. Amédée est très étonné par cette légende et en vient à se demander qui est Albin (un Dieu ?).
Albin raconte ensuite comment Louis et lui ont à nouveau rencontré Angèle qui travaillait seule aux champs, comment ils l’ont vue presque nue, comment Louis l’a appelée et comment Albin a découvert que Louis et elle avaient fait connaissance d’une manière très intime. Louis a forcé Angèle à avoir des relations avec lui, relations qui continuent tous les soirs. Albin découvre aussi que Louis va s’enfuir avec Angèle et qu’il a l’intention de la prostituer.
Malade de chagrin, Albin travaille au soleil sans chapeau et attrape une grave insolation. Il rêve qu’il assiste, impuissant, au départ d’Angèle.



Mon opinion :

Impossible de ne pas adorer Giono tant il a ce don si particulier pour décrire les hommes, mais surtout la Nature, et nous faire pénétrer au cœur de ces paysages qu'il a tant appréciés.
Alors, cette histoire?
Eh bien c'est d'abord et essentiellement une histoire d'amitié entre deux hommes, Amédée et Albin. C'est une amitié qui va porter le roman et déboucher sur son dénouement, c'est une amitié d'hommes qui se respectent et qui sont capables de transcender leur condition humaine.
C'est aussi une histoire d'amour. Entre un homme et une femme, d'abord. C'est une histoire d'amour qui est poétique tant les deux personnages sont purs et attachants et tant la décision que va prendre Albin est digne d'un conte.
C'est aussi une histoire d'amour entre les hommes et la Nature. On sait que Giono est poète car il idéalise toujours la Nature, employant des images issues du cœur des campagnards qu'ils soient paysans (Que ma joie demeure) ou simples rouleurs comme ici Albin et Amédée.
C'est aussi une histoire qui frôle le merveilleux car à travers le personnage d'Albin, on peut reconnaître le dieu Pan, tandis qu'Amédée n'est pas sans faire songer à Hermès, en personne.
En fait, si j'aime les romans de Giono, c'est parce qu'ils sont beaux, purs et profondément humains. Ils sont aussi poétiques et intemporels. C'est pour cette raison que je déplore le fait qu'ils soient de plus en plus les grands oubliés des manuels scolaires.

mardi 30 octobre 2018

NANO fictions - Patrick Baud

De toutes petites histoires

Nanofictions par [Baud, Patrick]

Résumé et impressions :

Il est impossible de résumer ce livre puisqu'il est composé de petits récits de quelques lignes. Des minis nouvelles, si vous voulez.
Le genre relève un peu de la science-fiction, du fantastique aussi, mais surtout de l'humour.
C'est un tout petit recueil d'une centaines de pages qui se dévore en très peu de temps si vous êtes pressé ou qui se déguste histoire après histoire si vous désirez vous imprégner de ces petits univers. 
Ces récits m'ont fait penser aux petits contes de Jacques Sternberg, notamment aux 188 contes à régler, et d'aucuns diraient que ces récits n'ont "rien d'inédit", mais j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un bon moment.

Parfois ces récits vous font sourire ou rire: 
Les paresseux élaboraient leur plan de domination depuis des siècles, lentement, au nez et à la barbe des humains qui ne voyaient en eux que des animaux paisibles. Le jour du grand renversement était fixé, mais au dernier moment, ils se firent devancer par les tortues.
Parfois ils sont caustiques et vous donnent matière à réflexion :
Quand les humains arrivèrent sur l’île, les oiseaux tinrent un conseil de crise :
— Nos frères et sœurs du continent nous ont mis en garde contre ces bipèdes. Il faut s’en méfier.
— Nous avons déjà connu pire menace, répondit le plus gros. Il ne nous arrivera rien, foi de dodo.
Parfois ils sont attendrissants :
La plupart du temps, quand les gens lui parlaient, elle entendait des sons étranges. Et régulièrement, elle se réveillait dans un endroit différent de celui où elle s’était endormie, comme par magie. Mais cette situation ne l’inquiétait pas outre mesure : elle avait deux ans.
Parfois ils sont obscurs et vous obligent à vous torturer l'esprit : (En fait, je ne suis pas sûre de l'avoir bien compris)
Ce juge blond était en train de fumer, quand un serveur lui apporta un vieux whisky.
— De la part du monsieur au fond du bar.
— Qui est-ce ?
— Un typographe.
Parfois, ils vous disent quelque chose ...
 Elle l’avait prévenu : caché à l’arrière de sa tête, elle avait un second visage. Et s’il essayait de le voir, tout serait fini. Une nuit, pendant qu’elle dormait, il écarta doucement ses cheveux. Il vit deux yeux mi-clos, et une bouche qui chuchota : « Ça restera entre nous. »
Parfois ils sont poétiques :
Un jour, il remarqua qu’une nouvelle porte était apparue dans son petit appartement. Il l’ouvrit et se retrouva au beau milieu d’un champ. Il n’en parla à personne, et à partir de ce moment-là, il passa tous ses week-ends à la campagne.
Parfois....

Oh ! Et puis, lisez-les ! Vous ne serez pas déçu et trouverez toujours de quoi vous amuser, réfléchir, sourire, grincer des dents, rêver....




samedi 15 septembre 2018

Gwendy et la boîte à boutons - Stephen King et Richard Chizmar

Une "grande" nouvelle ou un petit roman


Le résumé :

Gwendy, que sa mère voulait appeler Wendy et son père Gwendoline, ou l'inverse, est une très jeune ado de douze ans un peu ronde et qui souffre d'être tournée en ridicule par quelques garçons de son école. Courageuse, elle prend son destin en main et se met à faire du sport : courir, grimper à toute vitesse l'escalier qui conduit aux marches des suicidés sont sa méthode pour perdre du poids. Méthode efficace. C'est ainsi qu'elle fait un jour la connaissance de Monsieur Farris, un homme mystérieux, coiffé d'un chapeau noir, et qui semble tout savoir d'elle. Il lui confie une boîte ornée de différents boutons de toutes les couleurs. Cette boîte mystérieuse lui délivre, quand elle le souhaite, de petits chocolats en forme d'animaux qui lui permettent de gérer son appétit et des pièces d'agent pur qui ont une grande valeur. Deux autres boutons, un rouge et un noir ont aussi des fonctions plus obscures que Gwendy est chargée de découvrir; quant aux autres boutons multicolores, ils sont censés représenter chacun un continent. Et Monsieur Farris, après lui avoir confié cet encombrant présent, disparaît.
Comment Gwendy va-t-elle utiliser ce cadeau magique? C'est ce que Stephen King et Richard Chizmar se proposent de nous faire découvrir. 


Mon opinion :

J'ai été pendant toute mon adolescence une inconditionnelle de Stephen King. Je ne peux pas dire que c'est lui qui m'a donné le goût du fantastique car cette addiction m'a été inoculée par des auteurs comme Lovecraft, Jean Ray, Thomas Owen, Henry James, Jacques Cazotte etc. pour n'en citer que quelques uns. Il n'en demeure pas moins que Stephen King occupe une place particulière dans mes lectures. 
Mais je crois que je vais lui être infidèle et renoncer à le lire.
Cette longue nouvelle ou plutôt ce petit roman m'a vraiment ennuyée.
Si le King voulait écrire un conte pour enfant, d'accord, il a en partie atteint son but, mais c'est quand même un peu trop gentillet et dans ce genre, il a bien mieux réussi dans Le Talisman et sa suite, tous deux écrits en collaboration avec Peter Straub, ou encore dans le recueil Cœur perdu en Atlantide. Ces œuvres dont les héros étaient de très jeunes adolescents étaient vraiment captivantes et fantastiques et on ne pensait pas une seconde à les refermer si on était un amateur du genre. 
Gwendy et la boîte à boutons est une petite histoire qui aurait pu être écrite par une comtesse de Ségur du 21ème siècle. Jamais vous ne tremblerez, jamais vous ne frissonnerez comme dans Ça, et la seule créature fantastique de cette histoire, Monsieur Farris, n'atteint pas le petit orteil du maléfique clown qui a horrifié toute une génération d'ados ou même des différentes abominations rencontrées dans les autres romans ou recueils de l'auteur. 
C'est un fait, on ne tremble pas dans Gwendy et la boîte à boutons.
Et puis, on s'y ennuie copieusement aussi. Il n'arrive presque rien à cette jeune adolescente qu'on accompagne jusqu'à ses 22 ans. On suit avec résignation ses années d'école, ses petites avanies et déceptions et on regrette même que tout se passe si bien pour elle, qu'elle soit si raisonnable avec cette boîte, qu'elle n'ait pratiquement aucune curiosité, ni véritable envie d'exploiter le potentiel maléfique de cet objet. 
On se dit alors "Mais où était Stephen King lors de l'écriture de cette histoire ? Son but était-il  d'attirer Richard Chizmar sur le devant de la scène" ? L'éditeur du King a-t-il voulu lancer un nouvel écrivain de l'horreur et a-t-il obligé Stephen King à le parrainer?" Un but noble sans doute mais qui, à mon humble avis, a desservi le Maître du fantastique et de l'horreur.
D'autre part, en lisant la biographie de Richard Chizmar, j'ai découvert qu'il avait enseigné l'écriture puisqu'il a été professeur d'écriture. Alors, j'ai bien envie de lui dire, à lui qui ne lira jamais ces lignes, que son choix de narration qui consiste en un résumé des péripéties qui surviennent dans la vie de Gwendy, faisant ainsi l'impasse sur le suspense, adoptant ainsi un ton monotone et ennuyeux, n'a jamais été le mode d'écriture de King et pour cause ! On s'ennuie copieusement et le fantastique ne fait pas mouche ! 


Petit morceau choisi :

Gwendy craint sans cesse que la boîte à boutons ne soit découverte ou volée. Cette peur, comme un bruit de fond dans sa tête, ne régit cependant pas sa vie, loin de là. Peut-être est-ce d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Mr. Farris la lui a donnée. Il a bien dit : Tu es l’élue.
Elle travaille bien à l’école, décroche un rôle important dans la pièce de fin d’année en quatrième (rôle dont elle n’oublie pas une seule réplique), et continue à courir. Rien ne vaut la course à pied ; quand l’ivresse du coureur la saisit, même le bruit de fond disparaît. Parfois elle en veut à Mr. Farris de lui avoir imposé cette responsabilité, mais la plupart du temps ce n’est pas le cas. Comme il l’a affirmé, le coffret accorde des dons. Une faible récompense, disait-il, mais qui ne paraît pas si insignifiante à Gwendy : sa mémoire s’est améliorée, elle n’a plus envie de dévorer tout le contenu du frigo, elle a 10 sur 10 aux deux yeux, et il y a encore autre chose. Sa mère la dit très jolie, mais sa copine Olive va plus loin.

etc.
J'ai envie de dire "Mais montrez-nous sa peur ! Montrez-nous comment elle découvre les mutations qui s'opèrent en elle ! Faites-nous vivre à travers Gwendy !"
Et j'aurais ajouté "Et les boutons? Pourquoi sont-ils si peu exploités?" et "Voulez-vous vraiment nous faire croire qu'une adolescente est aussi raisonnable que Mère Thérésa? "

Et je ne parle pas de la fin en queue de poisson que Stephen King n'a pas dû lire.....



jeudi 13 septembre 2018

Snowblind - Christopher Golden

Un bon roman fantastique



Le résumé : 

Vous êtes à Coventry, petite ville américaine et il neige. Beaucoup. Énormément même et la météo annonce que les chutes de neige vont s'intensifier. C'est un blizzard et les habitants sont inquiets sans véritablement pouvoir expliquer leur inquiétude.
Dans son restaurant, Ella Santos regarde la neige s'accumuler et déplore le peu de clients qui ont pris le risque de sortir de chez eux. TJ qui joue de la guitare pour les clients du restaurant observe sa patronne et se prépare à sortir rejoindre sa vieille mère chez qui il doit passer la nuit.
Ailleurs dans la ville, Allie Schapiro a organisé un repas familial qui réunit ses deux fils, Jake et Isaac,  et Miri la fille de son compagnon, Niro. Elle est anxieuse, à la fois à cause de la neige, mais aussi parce qu'elle craint que ses enfants n'adoptent pas Niro et Miri.
Plus loin encore, dans les rues de la ville, Joe Keenan, un bleu de la police de Coventry, fait sa ronde, anxieux lui aussi.
Ailleurs encore, Doug Manning, jeune mécanicien, est de corvée et obligé d'aller chercher le repas de ses camarades du garage alors qu'il aurait préféré rester avec sa jeune épouse Cherri.
Une petite ville et un blizzard particulièrement fort.
Des habitants qui se calfeutrent chez eux angoissés.
Pourtant, malgré les précautions prises par tous les habitants, des gens, des proches qu'ils chérissent, vont disparaître et mourir : la mère de TJ, le fils d'Allie, Isaac, le compagnon d'Allie, Néro, l'épouse de Doug, Cherri. Et bien d'autres.
Douze ans plus tard, la ville a survécu et les habitants ont essayé tant bien que mal de continuer à vivre sans pour autant oublier leurs chers disparus.
Et on annonce un terrible blizzard, bien plus puissant que celui subi il y a douze ans.
Et certains savent que la neige n'est pas la seule responsable de la mort ou de la disparition d'une partie de la population.
Il y a quelque chose qui attend dans le blizzard......


Mon opinion :

Stephen King a dit de ce roman "Ce livre vous glacera les os et le cœur."
Evidemment, j'adore Stephen King mais je suis néanmoins méfiante : il a parfois porté aux nues des œuvres franchement ennuyeuses du point de vue du fantastique et je ne suis plus ses recommandations. Sauf cette fois, et j'ai eu raison !
Snowblind aurait pu être écrit par le Maître King en personne. C'est un excellent roman fantastique qui installe une atmosphère angoissante induite par la tempête de neige et qui ne laisse aucun répit au lecteur.
Comme Stephen King, Christopher Golden peint des personnages attachants et il procède par petites touches, ne révélant que ce qu'il faut pour retenir l'attention du lecteur, pour qu'il s'attache aux personnages et ait envie de connaître leur destin.
Pour l'atmosphère fantastique, il procède de même: on ne découvre que très progressivement ce qui habite ce blizzard. Et on n'est pas déçu ! D'ailleurs, l'idée est originale et Christopher Golden ne tombe pas dans le déjà-vu. Il dévoile très progressivement la nature de ce qui va prendre possession de la petite ville sans tomber dans le spectaculairement gore ou dans la facilité.
Vraiment j'ai beaucoup aimé ce roman et, comme un lecteur du site de la Dame à cheval, je dirai que si vous aimez Stephen King, vous allez adorer Snowblind de Christopher Golden.
Enjoy !



Le mystérieux Mr Kidder - Joyce Carol Oates

Un roman assez troublant


Le résumé :

Katya est une jeune fille de seize ans originaire d'une petite ville défavorisée du Comté de Cumberland dans le New Jersey. Sa famille est pauvre, son père est un joueur qui les a abandonnées et sa mère est une dame assez légère et peu affectueuse avec ses trois filles. Depuis l'âge de treize ans, Katya travaille après les cours et lors des vacances d'été, et c'est ainsi qu'elle a trouvé une place de nounou auprès d'une famille bourgeoise de Bayhead Harbor, une ville balnéaire qui abrite de riches vacanciers. 
Katya s'occupe, très bien d'ailleurs, de deux enfants, Tricia, une petite fille de trois ans et Jerémy, son frère, un adorable poupon. 
Un jour, alors que le trio se promenait le long des vitrines des magasins de luxe, un vieux monsieur  très distingué murmure  à l'oreille de Katya cette phrase magique « Et que choisiriez-vous, s’il vous était accordé un souhait ? ».
Commence alors une relation des plus étranges entre la jeune fille et le vieillard. 

Mon opinion :

Oates est un écrivain très prolifique et généralement encensée par le public et qui a les faveurs de la critique. Je la connaissais à travers certaines de ses œuvres, en particulier ses romans gothiques Bellefleur, Les mystères de Winterthurn etc. que j'avais beaucoup appréciés. Cette dame écrit bien, installe ses personnages de manière efficace et c'est un plaisir de suivre l'histoire d'une famille ou les vicissitudes d'un héros. 
C'est ainsi qu'alléchée par le titre, je me suis lancée dans la lecture des tribulations de Katya et de Marcus Kidder. La première partie de ce roman qui en compte deux est assez agréable et l'on suit avec amusement la progression de l'amitié amoureuse de cette adolescente à la fois très dégourdie et un peu fleur bleue et de ce vieux gentleman amoureux de l'Art et de la Beauté. 
L'écriture très délicate et un peu précieuse d'Oates invite le lecteur à une longue flânerie dans la vie de ce couple atypique. 
On se doute un peu que ce Marcus Kidder est épris de la belle Katya et que cette dernière est flattée de l'attention qu'il lui accorde et cette première partie ressemble un peu à un conte de fées : la jeune fille pauvre et le vieux roi excentrique qui s'accordera peut-être une dernière amourette.
Mais la seconde partie du roman nous entraîne plutôt dans un fait divers sordide. Et ça, j'ai détesté.
Bien sûr, une fois qu'on a goûté à l'écriture délicate de l'auteur, une fois qu'on a fait connaissance avec les personnages très finement décrits, analysés, on veut connaître la fin de l'histoire et on se doute bien que ce dénouement sera à la fois audacieux et étonnant. C'est le cas. 
Mais on n'est pas forcément obligé d'aimer cette galerie de monstres ! 
Tous les personnages de ce roman m'ont semblé monstrueux, détestables. Je n'ai pas réussi à éprouver de la pitié pour la fragilité de Katya, cette adolescente rejetée de tous, ni pour cet adorable vieillard que j'ai trouvé diabolique et dont les véritables intentions, que l'on ne découvre que dans les dernières pages, sont révoltantes et égoïstes. 

Ceci dit, l'écriture ciselée de l'auteur, le décor, les objets qui constituent le quotidien de Marcus Kidder, Katya elle-même, sont de véritables hymnes à la Beauté, à l'Art. Le lecteur baigne dans cette délicieuse beauté des lieux, des mots, dans ce parti pris du luxe, de l'Art et c'est alors qu'il se prend à les haïr ! 
On finit par se dire que si la quête du Beau mène à ce dénouement, on s'en passerait volontiers. 


mercredi 15 août 2018

Jour de fureur - Richard Matheson

Par l'auteur de Les Seins de glace ou de Je suis une légende




Le résumé :

Vince est un jeune homme très beau, un pianiste talentueux, mais c'est aussi un déséquilibré interné dans un hôpital psychiatrique. Il décide de s'échapper et n'hésite pas à tuer le gardien pour parvenir à ses fins.
Bob et Ruth sont mariés, bientôt parents et s'aiment. Leur vie est paisible.
Stan et Jane sont également mariés mais seul Stan est encore amoureux. Jane méprise son époux, le trompe et ne perd jamais une occasion de l'insulter, de l'humilier en s'exhibant devant lui avec ses nombreux amants.
Le point commun entre ces cinq personnages c'est qu'ils se sont connus quand Vince était encore en liberté.
Mais Vince s'est évadé et son esprit délirant a décidé de régler ses comptes....

Mon opinion :

Richard Matheson, pour moi, c'est l'auteur de nouvelles fantastiques, c'est une promesse de récits envoûtants, délicieusement effrayants et qui font mouche à chaque fois. 
J'avais oublié qu'il était aussi l'auteur des Seins de glace, ce roman qui a donné ce film inoubliable avec Alain Delon, Mireille Darc et Claude Brasseur. Pour la petite histoire, Mireille Darc jouait le rôle d'une psychopathe qui avait tué son mari avec un pic à glace; une femme avec un vrai problème psy. Mais rien de fantastique, dans les Seins de glace, juste un thriller. 
Alors quand j'ai lu le nom de l'auteur, Richard Matheson, j'ai bondi sur le livre et me suis installée confortablement, certaine d'embarquer pour la planète Fantastique.
J'ai été déçue. J'ai attendu les premiers indices du fantastique, imaginant par exemple que cet hôpital psychiatrique était hanté ou que le dément Vince était doté de pouvoirs extraordinaires...C'est ce qui m'a empêchée de laisser le roman de côté. J'ai attendu. Il faut dire que je n'avais pas lu la quatrième de couverture et que je n'avais consulté aucun résumé. J'aurais dû.
Alors je ne dis pas que ce roman est mauvais, loin de là, juste que ce n'est pas ma came. 
Je me suis ennuyée avec Vince, ce personnage que je ne suis pas parvenue à haïr ou à prendre en pitié. Je n'ai pas tremblé pour les deux couples de victimes qui ne m'ont jamais été sympathiques. Impossible pour moi de m'attacher aux personnages. Et puis, surtout, j'ai étouffé dans ce huis clos désolant, dans cet univers de 1953. 
Pourtant c'est un roman qui réjouira sûrement les amateurs du genre thriller parce que l'auteur a beaucoup de talent. Il sait faire vivre ses personnages, leur donner de l'épaisseur, les rendre pitoyables ou monstrueux. Il est passé maître dans l'art de ciseler une atmosphère angoissante faite d'infimes détails qui nous tiennent en haleine et, évidemment, il sait écrire. 
Mais ce roman n'était pas pour moi. 

mercredi 8 août 2018

Schtroumpf les Bains - Peyo (Culliford Thierry , JOST Alain , Garray )

Une schtroumpferie



Allez une petite BD de ces adorables lutins crées par le regretté Peyo.

Le résumé :

Le schtroumpf bricoleur a décidément trop de travail : tous les petits schtroumpfs le harcèlent pour qu'il répare leurs ustensiles de cuisine, de jardinage, de travail  etc. Il a bon cœur mais il est justement occupé à inventer une machine à dénoyauter les cerises et il n'arrive plus à donner satisfaction à tous, alors il craque. 
Le Grand Schtroumpf, toujours aussi sage, lui conseille de se mettre au vert et c'est ainsi que notre schtroumpf bricoleur en viendra à prendre des vacances à la montagne au bord d'un lac, à se construire une résidence de vacances et, pourquoi pas, une station balnéaire pour tous les petits schtroumpfs.

Mon opinion :

Qui n'aime pas les schtroumpfs?.....Personne, à mon avis. 
C'est pour cette raison que lire une BD des schtroumpfs est un excellent choix : on ne peut pas s'ennuyer, on ne peut pas s'empêcher de sourire, de rire...ou alors il faut vraiment être de la famille du schtroumpf grognon. 

D'autre part le sujet traite des vacances, des villages de vacances, des centres balnéaires surpeuplés, et même si on n'a jamais fréquenté ce genre d'endroits, on en connait le principe grâce à certaines comédies célèbres, et franchement, c'est drôle. 

Allez, je ne résiste pas :


mercredi 1 août 2018

Les Pouvoirs perdus, tome 2: La Faille entre les mondes - Marion Zimmer Bradley

La suite de Glenravenne



Résumé :

Kate est une jeune femme paisible qui a un petit magasin d'artisanat et qui vit seule. Mais ce soir, sa route croise celle de trois escogriffes bien décidés à la malmener et à lui faire payer ses choix religieux. En effet Kate a rejeté la foi chrétienne et est devenue une adepte de la magie. Elle parvient à échapper à ses agresseurs mais c'est pour découvrir en rentrant chez elle qu'on a tué son cheval. 
Alors qu'elle tente de se remettre du choc, elle découvre sur sa table de nuit un curieux livre qu'elle ne se souvient pas avoir acheté: le guide Fodor. Un guide de voyage qui parle d'un pays qui n'existe pas: Glenravenne. 
Et comme si cela ne suffisait pas, et alors que Kate avait quitté sa chambre pour obéir aux instructions du livre, elle voit un vortex s'ouvrir dans son jardin, quatre curieux personnages en sortir précipitamment, immédiatement suivis d'une créature tout droit surgie des enfers. 
Evidemment, ce n'est que le début de ses ennuis....


Mon opinion :

J'ai bien aimé cette histoire, finalement. 
En fait je ne suis pas fan des séries, ni des suites, ce qui revient au même. Je trouve que le premier roman d'une série a un avantage, celui de l'originalité. Il est celui qui nous fait découvrir un monde et les tomes suivants perdent ainsi cet effet de surprise. C'est un peu le cas avec l'histoire de Kate. On s'attend un peu à ce qui va arriver car l'auteur a repris les même schéma : une humaine apparemment dépourvue de pouvoirs magiques qui croise la route de personnages venus d'une autre dimension et qui est recrutée pour sauver le monde, pardon, les deux mondes. 
Alors vous aurez le même cocktail : pouvoirs magiques, batailles, morts, amour, suspense et happy end ... pour certains. De la fantasy, quoi. 
Mais ce tome 2 m'a quand même bien divertie, et je ne me suis pas ennuyée un seul instant.
Ah ! Un conseil : lisez le tome 1 avant , faute de quoi, vous pataugerez un peu.