mardi 15 janvier 2019

La Vouivre - Marcel Aymé

Un roman issu d'une bien étrange légende


Résumé des deux premiers chapitres :


Chapitre I :
Où l’on fait connaissance avec Arsène Muselier. Jeune paysan de 23 ans - petit et puissamment charpenté et qui est en train de faucher une prairie à 6 h du matin – non loin d’une forêt et d’un étang – on apprend que les Muselier sont en froid avec leurs voisins et petits cousins, les Mindeur – on découvre la peur qu’Arsène ressent pour les serpents à cause d’un incident alors qu’il avait 5 ans : il a mis la main sur un serpent en cueillant du muguet – justement ce jour-là, il en rencontre un, une vipère, bientôt suivie d’une jeune femme : la Vouivre – légende de la Vouivre rapportée en détail par l’auteur.

Chapitre II 
Arsène rencontre la Vouivre et la suit – il l’aperçoit en train de se baigner et découvre sa robe et son rubis abandonnés sur la rive – il n’est pas tenté par le rubis même s’il se penche vers lui – la découverte des serpents qui le gardent le rebute – il se tourne alors vers la Vouivre qui sort de l’eau et la regarde sans gêne, d’abord – ils engagent la conversation comme un jeune homme et une jeune femme ordinaires, sur le temps, la récolte du foin, les terres – et Arsène continue à la regarder d’autant qu’elle n’éprouve aucune honte à se montrer nue – puis la Vouivre siffle une vipère et les deux jeunes gens se séparent.

Mon opinion :

J'adore les légendes, le merveilleux. Et la Vouivre est une légende de la Franche-Comté qui raconte l'histoire d'une femme très belle qui...Mais je laisse parler l'auteur :

"Vouivre, en patois de Franche-Comté, est l’équivalent du vieux mot français « guivre » qui signifie serpent et qui est resté dans la langue du blason. La Vouivre des campagnes jurassiennes, c’est à proprement parler la fille aux serpents. Elle représente à elle seule toute la mythologie comtoise, si l’on veut bien négliger la bête faramine, monstre certainement très horrifique, mais dont la forme et l’activité sont laissées au caprice de l’imagination. Sur la Vouivre, on possède des références solides, des témoignages clairs, concordants. Dryade et naïade, indifférente aux travaux des hommes, elle parcourt les monts et les plaines du Jura, se baignant aux rivières, aux torrents, aux lacs, aux étangs. Elle porte sur ses cheveux un diadème orné d’un gros rubis, si pur que tout l’or du monde suffirait à peine à en payer le prix. Ce trésor, la Vouivre ne s’en sépare jamais que pendant le temps de ses ablutions. Avant d’entrer dans l’eau, elle ôte son diadème et l’abandonne avec sa robe sur le rivage. C’est l’instant que choisissent les audacieux pour tenter de s’emparer du joyau, mais l’entreprise est presque sûrement vouée à l’échec. À peine le ravisseur a-t-il pris la fuite que des milliers de serpents, surgis de toutes parts, se mettent à ses trousses et la seule chance qu’il ait alors de sauver sa peau est de se défaire du rubis en jetant loin de lui le diadème de la Vouivre. Certains, auxquels le désir d’être riche fait perdre la tête, ne se résignent pas à lâcher leur butin et se laissent dévorer par les serpents."
Alors, s'agit-il d'un roman fantastique?
Je répondrai oui, dans un premier temps, car on est bien dans un univers réel, le nôtre, univers dans lequel fait irruption une créature surnaturelle, mythique, impossible à accepter, normalement, si l'on est quelque peu rationnel.
Mais cette créature appartient aussi au folklore merveilleux de toute une région puisque, comme elle l'expliquera elle-même, elle existait avant que les ancêtres de l'homme songent à se redresser et à prendre leur destin en main.
Ceci dit, fantastique ou merveilleux, peu importe car l'auteur ne mise pas réellement sur l'épouvante que peut susciter chez le lecteur l'apparition de cette créature. D'ailleurs, cette Vouivre nous paraît si naturelle, si proche de n'importe quelle fille un peu jolie de la campagne que l'on est finalement très peu impressionné. Oh ! bien sûr, l'arrivée spectaculaire de cette brassée de serpents pourra en faire frémir certains. Mais sans plus.
Donc l'auteur a d'avantage misé sur ses personnages, sur leurs sombres passions. Il a aussi profité de ce roman pour peindre des paysages magnifiques dans lesquels il doit faire bon se promener. On ressent la forêt, l'eau de manière animale et on ne s'étonne pas plus que le héros de voir surgir cette femme-serpent. Et c'est là que se trouve la force de ce roman : nous faire accepter l'inacceptable comme s'il allait de soi.
Aussi je tiens à préciser que Marcel Aymé n'est ni Lovecraft ni Stephen King. Pour lui, le fantastique ou le merveilleux ne sont que des prétextes. Pourtant, ce roman est magique, et si j'ai aimé ce livre, car je l'ai aimé, c'est surtout pour les images bucoliques de la région, et aussi parce que j'avais très envie de savoir comment cette intrigue allait se dénouer. Comment cette ou plutôt ces histoires d'amour allaient tourner.
Evidemment je ne le révélerai pas. A vous de lire cette histoire.

Ceci dit, il y a une assez bonne adaptation du roman, pour les lecteurs quelque peu paresseux .... https://www.telerama.fr/cinema/films/la-vouivre,14978.php

...et même une bande dessinée de Bernard Clavel et François Bourgeon. 

Un de Baumugnes - Giono

Un si joli roman sur l'amitié, l'amour, la Nature


Le résume des deux premiers chapitres :


Chapitre I : 
Le narrateur qui utilise la première personne « je sentais… » est le Vieux, Amédée de son prénom. Il est un « rouleur », c’est-à-dire un ouvrier agricole qui parcourt les chemins pour trouver du travail. Il se définit lui-même comme un « bohémien », comprenez quelqu’un qui « pour un oui, pour un non, […] lâche tout » pour aller chercher du travail ailleurs.
Ce soir-là, dans un bar de Manosque, il s’assied à côté d’Albin, un gars de la campagne, un gars de Baumugnes, un village de la montagne, mais un gars qui a quelque chose à dire, quelque chose qui le rend triste.
Albin va bientôt lui raconter comment il a rencontré un type de Marseille, un jeune, mauvais et peu recommandable, qui porte un tatouage sur la paume de la main où il est écrit « Merde », qui s’appelle Louis, qui est un mauvais compagnon mais qui chante, fait des blagues, qui parle bien et qui est coquet. Albin a honte de lui mais se laisse entraîner par sa façon d’être. Un soir alors qu’ils sont attablés à une terrasse, ils voient arriver une belle jeune fille. Elle mène un attelage de main de maître : c’est Angèle. Albin tombe amoureux tandis que Louis parle mal de la jeune fille en annonçant clairement son intention de l’avoir et de l’utiliser.

Chapitre II :
Retour d’Amédée et d’Albin à Marigrate où ils travaillent tous deux. Albin continue à se confier au vieil Amédée et lui explique l’histoire de son village : Baumugnes. On découvre, une légende, un mythe : Les habitants, les hommes, auraient eu, il y a longtemps, la langue coupée car ils ne croyaient pas à la religion. Pour communiquer, ils se sont mis à utiliser des harmonicas. C’est ce qui explique que ceux de Baumugnes, depuis cette époque, jouent de l’harmonica. Amédée est très étonné par cette légende et en vient à se demander qui est Albin (un Dieu ?).
Albin raconte ensuite comment Louis et lui ont à nouveau rencontré Angèle qui travaillait seule aux champs, comment ils l’ont vue presque nue, comment Louis l’a appelée et comment Albin a découvert que Louis et elle avaient fait connaissance d’une manière très intime. Louis a forcé Angèle à avoir des relations avec lui, relations qui continuent tous les soirs. Albin découvre aussi que Louis va s’enfuir avec Angèle et qu’il a l’intention de la prostituer.
Malade de chagrin, Albin travaille au soleil sans chapeau et attrape une grave insolation. Il rêve qu’il assiste, impuissant, au départ d’Angèle.



Mon opinion :

Impossible de ne pas adorer Giono tant il a ce don si particulier pour décrire les hommes, mais surtout la Nature, et nous faire pénétrer au cœur de ces paysages qu'il a tant appréciés.
Alors, cette histoire?
Eh bien c'est d'abord et essentiellement une histoire d'amitié entre deux hommes, Amédée et Albin. C'est une amitié qui va porter le roman et déboucher sur son dénouement, c'est une amitié d'hommes qui se respectent et qui sont capables de transcender leur condition humaine.
C'est aussi une histoire d'amour. Entre un homme et une femme, d'abord. C'est une histoire d'amour qui est poétique tant les deux personnages sont purs et attachants et tant la décision que va prendre Albin est digne d'un conte.
C'est aussi une histoire d'amour entre les hommes et la Nature. On sait que Giono est poète car il idéalise toujours la Nature, employant des images issues du cœur des campagnards qu'ils soient paysans (Que ma joie demeure) ou simples rouleurs comme ici Albin et Amédée.
C'est aussi une histoire qui frôle le merveilleux car à travers le personnage d'Albin, on peut reconnaître le dieu Pan, tandis qu'Amédée n'est pas sans faire songer à Hermès, en personne.
En fait, si j'aime les romans de Giono, c'est parce qu'ils sont beaux, purs et profondément humains. Ils sont aussi poétiques et intemporels. C'est pour cette raison que je déplore le fait qu'ils soient de plus en plus les grands oubliés des manuels scolaires.

mardi 30 octobre 2018

NANO fictions - Patrick Baud

De toutes petites histoires

Nanofictions par [Baud, Patrick]

Résumé et impressions :

Il est impossible de résumer ce livre puisqu'il est composé de petits récits de quelques lignes. Des minis nouvelles, si vous voulez.
Le genre relève un peu de la science-fiction, du fantastique aussi, mais surtout de l'humour.
C'est un tout petit recueil d'une centaines de pages qui se dévore en très peu de temps si vous êtes pressé ou qui se déguste histoire après histoire si vous désirez vous imprégner de ces petits univers. 
Ces récits m'ont fait penser aux petits contes de Jacques Sternberg, notamment aux 188 contes à régler, et d'aucuns diraient que ces récits n'ont "rien d'inédit", mais j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un bon moment.

Parfois ces récits vous font sourire ou rire: 
Les paresseux élaboraient leur plan de domination depuis des siècles, lentement, au nez et à la barbe des humains qui ne voyaient en eux que des animaux paisibles. Le jour du grand renversement était fixé, mais au dernier moment, ils se firent devancer par les tortues.
Parfois ils sont caustiques et vous donnent matière à réflexion :
Quand les humains arrivèrent sur l’île, les oiseaux tinrent un conseil de crise :
— Nos frères et sœurs du continent nous ont mis en garde contre ces bipèdes. Il faut s’en méfier.
— Nous avons déjà connu pire menace, répondit le plus gros. Il ne nous arrivera rien, foi de dodo.
Parfois ils sont attendrissants :
La plupart du temps, quand les gens lui parlaient, elle entendait des sons étranges. Et régulièrement, elle se réveillait dans un endroit différent de celui où elle s’était endormie, comme par magie. Mais cette situation ne l’inquiétait pas outre mesure : elle avait deux ans.
Parfois ils sont obscurs et vous obligent à vous torturer l'esprit : (En fait, je ne suis pas sûre de l'avoir bien compris)
Ce juge blond était en train de fumer, quand un serveur lui apporta un vieux whisky.
— De la part du monsieur au fond du bar.
— Qui est-ce ?
— Un typographe.
Parfois, ils vous disent quelque chose ...
 Elle l’avait prévenu : caché à l’arrière de sa tête, elle avait un second visage. Et s’il essayait de le voir, tout serait fini. Une nuit, pendant qu’elle dormait, il écarta doucement ses cheveux. Il vit deux yeux mi-clos, et une bouche qui chuchota : « Ça restera entre nous. »
Parfois ils sont poétiques :
Un jour, il remarqua qu’une nouvelle porte était apparue dans son petit appartement. Il l’ouvrit et se retrouva au beau milieu d’un champ. Il n’en parla à personne, et à partir de ce moment-là, il passa tous ses week-ends à la campagne.
Parfois....

Oh ! Et puis, lisez-les ! Vous ne serez pas déçu et trouverez toujours de quoi vous amuser, réfléchir, sourire, grincer des dents, rêver....




samedi 15 septembre 2018

Gwendy et la boîte à boutons - Stephen King et Richard Chizmar

Une "grande" nouvelle ou un petit roman


Le résumé :

Gwendy, que sa mère voulait appeler Wendy et son père Gwendoline, ou l'inverse, est une très jeune ado de douze ans un peu ronde et qui souffre d'être tournée en ridicule par quelques garçons de son école. Courageuse, elle prend son destin en main et se met à faire du sport : courir, grimper à toute vitesse l'escalier qui conduit aux marches des suicidés sont sa méthode pour perdre du poids. Méthode efficace. C'est ainsi qu'elle fait un jour la connaissance de Monsieur Farris, un homme mystérieux, coiffé d'un chapeau noir, et qui semble tout savoir d'elle. Il lui confie une boîte ornée de différents boutons de toutes les couleurs. Cette boîte mystérieuse lui délivre, quand elle le souhaite, de petits chocolats en forme d'animaux qui lui permettent de gérer son appétit et des pièces d'agent pur qui ont une grande valeur. Deux autres boutons, un rouge et un noir ont aussi des fonctions plus obscures que Gwendy est chargée de découvrir; quant aux autres boutons multicolores, ils sont censés représenter chacun un continent. Et Monsieur Farris, après lui avoir confié cet encombrant présent, disparaît.
Comment Gwendy va-t-elle utiliser ce cadeau magique? C'est ce que Stephen King et Richard Chizmar se proposent de nous faire découvrir. 


Mon opinion :

J'ai été pendant toute mon adolescence une inconditionnelle de Stephen King. Je ne peux pas dire que c'est lui qui m'a donné le goût du fantastique car cette addiction m'a été inoculée par des auteurs comme Lovecraft, Jean Ray, Thomas Owen, Henry James, Jacques Cazotte etc. pour n'en citer que quelques uns. Il n'en demeure pas moins que Stephen King occupe une place particulière dans mes lectures. 
Mais je crois que je vais lui être infidèle et renoncer à le lire.
Cette longue nouvelle ou plutôt ce petit roman m'a vraiment ennuyée.
Si le King voulait écrire un conte pour enfant, d'accord, il a en partie atteint son but, mais c'est quand même un peu trop gentillet et dans ce genre, il a bien mieux réussi dans Le Talisman et sa suite, tous deux écrits en collaboration avec Peter Straub, ou encore dans le recueil Cœur perdu en Atlantide. Ces œuvres dont les héros étaient de très jeunes adolescents étaient vraiment captivantes et fantastiques et on ne pensait pas une seconde à les refermer si on était un amateur du genre. 
Gwendy et la boîte à boutons est une petite histoire qui aurait pu être écrite par une comtesse de Ségur du 21ème siècle. Jamais vous ne tremblerez, jamais vous ne frissonnerez comme dans Ça, et la seule créature fantastique de cette histoire, Monsieur Farris, n'atteint pas le petit orteil du maléfique clown qui a horrifié toute une génération d'ados ou même des différentes abominations rencontrées dans les autres romans ou recueils de l'auteur. 
C'est un fait, on ne tremble pas dans Gwendy et la boîte à boutons.
Et puis, on s'y ennuie copieusement aussi. Il n'arrive presque rien à cette jeune adolescente qu'on accompagne jusqu'à ses 22 ans. On suit avec résignation ses années d'école, ses petites avanies et déceptions et on regrette même que tout se passe si bien pour elle, qu'elle soit si raisonnable avec cette boîte, qu'elle n'ait pratiquement aucune curiosité, ni véritable envie d'exploiter le potentiel maléfique de cet objet. 
On se dit alors "Mais où était Stephen King lors de l'écriture de cette histoire ? Son but était-il  d'attirer Richard Chizmar sur le devant de la scène" ? L'éditeur du King a-t-il voulu lancer un nouvel écrivain de l'horreur et a-t-il obligé Stephen King à le parrainer?" Un but noble sans doute mais qui, à mon humble avis, a desservi le Maître du fantastique et de l'horreur.
D'autre part, en lisant la biographie de Richard Chizmar, j'ai découvert qu'il avait enseigné l'écriture puisqu'il a été professeur d'écriture. Alors, j'ai bien envie de lui dire, à lui qui ne lira jamais ces lignes, que son choix de narration qui consiste en un résumé des péripéties qui surviennent dans la vie de Gwendy, faisant ainsi l'impasse sur le suspense, adoptant ainsi un ton monotone et ennuyeux, n'a jamais été le mode d'écriture de King et pour cause ! On s'ennuie copieusement et le fantastique ne fait pas mouche ! 


Petit morceau choisi :

Gwendy craint sans cesse que la boîte à boutons ne soit découverte ou volée. Cette peur, comme un bruit de fond dans sa tête, ne régit cependant pas sa vie, loin de là. Peut-être est-ce d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Mr. Farris la lui a donnée. Il a bien dit : Tu es l’élue.
Elle travaille bien à l’école, décroche un rôle important dans la pièce de fin d’année en quatrième (rôle dont elle n’oublie pas une seule réplique), et continue à courir. Rien ne vaut la course à pied ; quand l’ivresse du coureur la saisit, même le bruit de fond disparaît. Parfois elle en veut à Mr. Farris de lui avoir imposé cette responsabilité, mais la plupart du temps ce n’est pas le cas. Comme il l’a affirmé, le coffret accorde des dons. Une faible récompense, disait-il, mais qui ne paraît pas si insignifiante à Gwendy : sa mémoire s’est améliorée, elle n’a plus envie de dévorer tout le contenu du frigo, elle a 10 sur 10 aux deux yeux, et il y a encore autre chose. Sa mère la dit très jolie, mais sa copine Olive va plus loin.

etc.
J'ai envie de dire "Mais montrez-nous sa peur ! Montrez-nous comment elle découvre les mutations qui s'opèrent en elle ! Faites-nous vivre à travers Gwendy !"
Et j'aurais ajouté "Et les boutons? Pourquoi sont-ils si peu exploités?" et "Voulez-vous vraiment nous faire croire qu'une adolescente est aussi raisonnable que Mère Thérésa? "

Et je ne parle pas de la fin en queue de poisson que Stephen King n'a pas dû lire.....



jeudi 13 septembre 2018

Snowblind - Christopher Golden

Un bon roman fantastique



Le résumé : 

Vous êtes à Coventry, petite ville américaine et il neige. Beaucoup. Énormément même et la météo annonce que les chutes de neige vont s'intensifier. C'est un blizzard et les habitants sont inquiets sans véritablement pouvoir expliquer leur inquiétude.
Dans son restaurant, Ella Santos regarde la neige s'accumuler et déplore le peu de clients qui ont pris le risque de sortir de chez eux. TJ qui joue de la guitare pour les clients du restaurant observe sa patronne et se prépare à sortir rejoindre sa vieille mère chez qui il doit passer la nuit.
Ailleurs dans la ville, Allie Schapiro a organisé un repas familial qui réunit ses deux fils, Jake et Isaac,  et Miri la fille de son compagnon, Niro. Elle est anxieuse, à la fois à cause de la neige, mais aussi parce qu'elle craint que ses enfants n'adoptent pas Niro et Miri.
Plus loin encore, dans les rues de la ville, Joe Keenan, un bleu de la police de Coventry, fait sa ronde, anxieux lui aussi.
Ailleurs encore, Doug Manning, jeune mécanicien, est de corvée et obligé d'aller chercher le repas de ses camarades du garage alors qu'il aurait préféré rester avec sa jeune épouse Cherri.
Une petite ville et un blizzard particulièrement fort.
Des habitants qui se calfeutrent chez eux angoissés.
Pourtant, malgré les précautions prises par tous les habitants, des gens, des proches qu'ils chérissent, vont disparaître et mourir : la mère de TJ, le fils d'Allie, Isaac, le compagnon d'Allie, Néro, l'épouse de Doug, Cherri. Et bien d'autres.
Douze ans plus tard, la ville a survécu et les habitants ont essayé tant bien que mal de continuer à vivre sans pour autant oublier leurs chers disparus.
Et on annonce un terrible blizzard, bien plus puissant que celui subi il y a douze ans.
Et certains savent que la neige n'est pas la seule responsable de la mort ou de la disparition d'une partie de la population.
Il y a quelque chose qui attend dans le blizzard......


Mon opinion :

Stephen King a dit de ce roman "Ce livre vous glacera les os et le cœur."
Evidemment, j'adore Stephen King mais je suis néanmoins méfiante : il a parfois porté aux nues des œuvres franchement ennuyeuses du point de vue du fantastique et je ne suis plus ses recommandations. Sauf cette fois, et j'ai eu raison !
Snowblind aurait pu être écrit par le Maître King en personne. C'est un excellent roman fantastique qui installe une atmosphère angoissante induite par la tempête de neige et qui ne laisse aucun répit au lecteur.
Comme Stephen King, Christopher Golden peint des personnages attachants et il procède par petites touches, ne révélant que ce qu'il faut pour retenir l'attention du lecteur, pour qu'il s'attache aux personnages et ait envie de connaître leur destin.
Pour l'atmosphère fantastique, il procède de même: on ne découvre que très progressivement ce qui habite ce blizzard. Et on n'est pas déçu ! D'ailleurs, l'idée est originale et Christopher Golden ne tombe pas dans le déjà-vu. Il dévoile très progressivement la nature de ce qui va prendre possession de la petite ville sans tomber dans le spectaculairement gore ou dans la facilité.
Vraiment j'ai beaucoup aimé ce roman et, comme un lecteur du site de la Dame à cheval, je dirai que si vous aimez Stephen King, vous allez adorer Snowblind de Christopher Golden.
Enjoy !



Le mystérieux Mr Kidder - Joyce Carol Oates

Un roman assez troublant


Le résumé :

Katya est une jeune fille de seize ans originaire d'une petite ville défavorisée du Comté de Cumberland dans le New Jersey. Sa famille est pauvre, son père est un joueur qui les a abandonnées et sa mère est une dame assez légère et peu affectueuse avec ses trois filles. Depuis l'âge de treize ans, Katya travaille après les cours et lors des vacances d'été, et c'est ainsi qu'elle a trouvé une place de nounou auprès d'une famille bourgeoise de Bayhead Harbor, une ville balnéaire qui abrite de riches vacanciers. 
Katya s'occupe, très bien d'ailleurs, de deux enfants, Tricia, une petite fille de trois ans et Jerémy, son frère, un adorable poupon. 
Un jour, alors que le trio se promenait le long des vitrines des magasins de luxe, un vieux monsieur  très distingué murmure  à l'oreille de Katya cette phrase magique « Et que choisiriez-vous, s’il vous était accordé un souhait ? ».
Commence alors une relation des plus étranges entre la jeune fille et le vieillard. 

Mon opinion :

Oates est un écrivain très prolifique et généralement encensée par le public et qui a les faveurs de la critique. Je la connaissais à travers certaines de ses œuvres, en particulier ses romans gothiques Bellefleur, Les mystères de Winterthurn etc. que j'avais beaucoup appréciés. Cette dame écrit bien, installe ses personnages de manière efficace et c'est un plaisir de suivre l'histoire d'une famille ou les vicissitudes d'un héros. 
C'est ainsi qu'alléchée par le titre, je me suis lancée dans la lecture des tribulations de Katya et de Marcus Kidder. La première partie de ce roman qui en compte deux est assez agréable et l'on suit avec amusement la progression de l'amitié amoureuse de cette adolescente à la fois très dégourdie et un peu fleur bleue et de ce vieux gentleman amoureux de l'Art et de la Beauté. 
L'écriture très délicate et un peu précieuse d'Oates invite le lecteur à une longue flânerie dans la vie de ce couple atypique. 
On se doute un peu que ce Marcus Kidder est épris de la belle Katya et que cette dernière est flattée de l'attention qu'il lui accorde et cette première partie ressemble un peu à un conte de fées : la jeune fille pauvre et le vieux roi excentrique qui s'accordera peut-être une dernière amourette.
Mais la seconde partie du roman nous entraîne plutôt dans un fait divers sordide. Et ça, j'ai détesté.
Bien sûr, une fois qu'on a goûté à l'écriture délicate de l'auteur, une fois qu'on a fait connaissance avec les personnages très finement décrits, analysés, on veut connaître la fin de l'histoire et on se doute bien que ce dénouement sera à la fois audacieux et étonnant. C'est le cas. 
Mais on n'est pas forcément obligé d'aimer cette galerie de monstres ! 
Tous les personnages de ce roman m'ont semblé monstrueux, détestables. Je n'ai pas réussi à éprouver de la pitié pour la fragilité de Katya, cette adolescente rejetée de tous, ni pour cet adorable vieillard que j'ai trouvé diabolique et dont les véritables intentions, que l'on ne découvre que dans les dernières pages, sont révoltantes et égoïstes. 

Ceci dit, l'écriture ciselée de l'auteur, le décor, les objets qui constituent le quotidien de Marcus Kidder, Katya elle-même, sont de véritables hymnes à la Beauté, à l'Art. Le lecteur baigne dans cette délicieuse beauté des lieux, des mots, dans ce parti pris du luxe, de l'Art et c'est alors qu'il se prend à les haïr ! 
On finit par se dire que si la quête du Beau mène à ce dénouement, on s'en passerait volontiers. 


mercredi 15 août 2018

Jour de fureur - Richard Matheson

Par l'auteur de Les Seins de glace ou de Je suis une légende




Le résumé :

Vince est un jeune homme très beau, un pianiste talentueux, mais c'est aussi un déséquilibré interné dans un hôpital psychiatrique. Il décide de s'échapper et n'hésite pas à tuer le gardien pour parvenir à ses fins.
Bob et Ruth sont mariés, bientôt parents et s'aiment. Leur vie est paisible.
Stan et Jane sont également mariés mais seul Stan est encore amoureux. Jane méprise son époux, le trompe et ne perd jamais une occasion de l'insulter, de l'humilier en s'exhibant devant lui avec ses nombreux amants.
Le point commun entre ces cinq personnages c'est qu'ils se sont connus quand Vince était encore en liberté.
Mais Vince s'est évadé et son esprit délirant a décidé de régler ses comptes....

Mon opinion :

Richard Matheson, pour moi, c'est l'auteur de nouvelles fantastiques, c'est une promesse de récits envoûtants, délicieusement effrayants et qui font mouche à chaque fois. 
J'avais oublié qu'il était aussi l'auteur des Seins de glace, ce roman qui a donné ce film inoubliable avec Alain Delon, Mireille Darc et Claude Brasseur. Pour la petite histoire, Mireille Darc jouait le rôle d'une psychopathe qui avait tué son mari avec un pic à glace; une femme avec un vrai problème psy. Mais rien de fantastique, dans les Seins de glace, juste un thriller. 
Alors quand j'ai lu le nom de l'auteur, Richard Matheson, j'ai bondi sur le livre et me suis installée confortablement, certaine d'embarquer pour la planète Fantastique.
J'ai été déçue. J'ai attendu les premiers indices du fantastique, imaginant par exemple que cet hôpital psychiatrique était hanté ou que le dément Vince était doté de pouvoirs extraordinaires...C'est ce qui m'a empêchée de laisser le roman de côté. J'ai attendu. Il faut dire que je n'avais pas lu la quatrième de couverture et que je n'avais consulté aucun résumé. J'aurais dû.
Alors je ne dis pas que ce roman est mauvais, loin de là, juste que ce n'est pas ma came. 
Je me suis ennuyée avec Vince, ce personnage que je ne suis pas parvenue à haïr ou à prendre en pitié. Je n'ai pas tremblé pour les deux couples de victimes qui ne m'ont jamais été sympathiques. Impossible pour moi de m'attacher aux personnages. Et puis, surtout, j'ai étouffé dans ce huis clos désolant, dans cet univers de 1953. 
Pourtant c'est un roman qui réjouira sûrement les amateurs du genre thriller parce que l'auteur a beaucoup de talent. Il sait faire vivre ses personnages, leur donner de l'épaisseur, les rendre pitoyables ou monstrueux. Il est passé maître dans l'art de ciseler une atmosphère angoissante faite d'infimes détails qui nous tiennent en haleine et, évidemment, il sait écrire. 
Mais ce roman n'était pas pour moi.